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20 septembre 2015

« Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir. »

Pour célébrer ses cent quarante ans, l’association des anciens élèves de Sciences Po a demandé à cent quarante des siens de rédiger, sous seule contrainte de se tenir en moins de 1.200 signes, un point de vue sur la France d’aujourd’hui et peut-être de demain. Voici ma contribution.

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Au fur et à mesure que nous vieillissons, notre vue, hélas, s’obscurcit. Pas forcément notre vue contrôlée par l’ophtalmologiste mais notre regard intérieur, celui qui nous permet d’envisager l’avenir avec confiance et espoir. Peu à peu, la ligne d’horizon s’estompe, occultée par la nostalgie du temps qui s’enfuit, la peur de lendemains que nous ne comprenons pas, le regret des chances que nous avons laissé passer.

STOP !

Il est temps de réapprendre à voir. Voir le formidable élan d’initiative qui se nourrit de l’essoufflement des institutions, voir le bouillonnement des réseaux d’entraide qui prennent force quand s’érodent les structures traditionnelles de solidarité, voir les multiples formes de travail qui éclosent en marge de l’emploi salarié à temps plein et durée indéterminée, dont seule une mélancolie désespérée peut nous amener à croire qu’il fût un havre de bonheur pour tous.

Remettons-nous à discerner dans les mutations en cours les promesses et non seulement les risques. Cessons de regarder l’avenir dans le rétroviseur. Laissons rêver nos enfants.

Au demeurant, par les cris de leurs manifestants ou par le silence de ceux qui partent chercher fortune ailleurs, ils nous ont prévenus : « Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir. »